Fumée blanche

Jeudi soir, mes espoirs d’une soirée entre amis se meurent, l’ennui a raison de moi. Je sors errer un peu sur la grande avenue. En face de l’église silencieuse qui accueille les cœurs hachés, rabotés, une camionnette distribue les chiens chauds et le chocolat chaud aux affamés. Je reconnais deux de mes patients. J’offre mon aide, mais on me remercie. Il y a suffisamment de bénévoles ce soir-là. Je m’assois sur la banquette en bois à l’intérieur du véhicule et commande un chien chaud sans mayonnaise, avec un café sans sucre. Je converse avec un Égyptien bénévole, un Alexandrin qui a quitté l’Égypte voilà cinquante ans, étonné de ma connaissance de Constantin Cavafis et de mes séjours en cette terre civilisationnelle. Il est aussi nostalgique que moi de la grande Alexandrie, celle de ses parents et de ses grands-parents, l’époque prénassérienne.

Je fais intérieurement la réflexion que je dois être l’itinérant le plus fortuné. En quittant, je donne deux dollars à un mendiant tout sourire, pour mon chien chaud, me dis-je.

En retournant vers mon domicile, j’achète un chapeau fabriqué en Chine pour vingt dollars. Il me va bien. Il m’ira à merveille lorsque je mettrai mes complets-cravates, je suis devenu un homme d’affaires. Le vendeur m’offre les taxes. Je rentre tenir compagnie à mon chaton-prince, l’énigmatique Musique. J’allume un narguilé, je fais chanter Oum Koltsoum sous les mots de ce texte. Le temps passe.

J’ai cessé de compter les miracles.

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