La poésie, pas la guerre

Un jour, j’étais dans un café à écrire quelques lignes, près du parc Émilie-Gamelin, à Montréal. Un homme inconnu se disant un ancien guérillero du Guatemala vint s’asseoir à ma table, ivre, et engagea la conversation. Il me suggéra de lire cinq ou six poètes latino-américains révolutionnaires et se déclara lui-même artiste et intellectuel.

Je ne connaissais aucun de ses poètes. Le seul que je sus lui nommer fut l’Argentin Jorge Luis Borges. Aussitôt entendant ce nom, son visage se crispa de dégoût; n’eût été qu’il fut à l’intérieur, il aurait craché au sol. Il n’aimait pas cet écrivain.

— Pourquoi ? demandai-je.
— Parce qu’il était riche, répondit-il.

Jorge Luis Borges, tiré de Elogio de la sombra, livre usagé acheté à Buenos Aires, le premier août 2010 :

« Un peintre nous promit un tableau.
Maintenant, en Nouvelle-Angleterre, je sais qu’il est mort. J’ai senti, comme d’autres fois, la tristesse de comprendre que nous sommes comme un rêve.
J’ai pensé à l’homme et au tableau perdus.
(Seuls les dieux peuvent promettre, parce qu’ils sont immortels.)
J’ai pensé à un lieu préfixé que la toile n’occupera pas.
J’ai pensé ensuite : si elle était là, elle serait avec le temps une chose de plus, une chose, l’une des vanités ou des habitudes de la maison; maintenant elle est illimitée, incessante, capable de quelconque forme et de quelconque couleur et n’est attachée à rien.
Elle existe d’un certain mode. Elle vivra et croîtra comme une musique et sera avec moi jusqu’à la fin. Merci, Jorge Larco.
(Les hommes aussi peuvent promettre, parce qu’en la promesse, il y a quelque chose d’immortel.) »

(traduction libre)

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