Il y a loin de la coupe aux lèvres

« Monsieur, que nous fussions assez riches ou pauvres, qu’un état ou l’autre nous eût apporté peu ou beaucoup, nous n’eûmes pu le dire avec certitude à l’époque. Ne tentez pas aujourd’hui de m’abattre à la grosse Bertha. Je ne ferai pas ce travail pour vous. Sachez que je ne travaille pas pour le roi de Prusse. Toute peine mérite salaire.

 

— Monsieur, je sais bien que vous faites un travail de bénédictin, à bon vin point d’enseigne. C’est pourquoi j’éviterai de vous faire le coup de Jarnac.

 

— C’est reparti comme en quatorze ! C’est le coup de Trafalgar que vous me faites. Je sais, Monsieur, que vous désirez que j’aille à Canossa, que votre entreprise n’est qu’une jacquerie. Vous balkanisez mes propos. Votre discours n’est que lapalissade. Je saurai me défendre comme je sus le faire à l’époque. À bon chat bon rat.

 

— Une ligne Maginot, vous n’êtes qu’une ligne Maginot.

 

— Je vous aurai comme une Bastille.

 

— Vous parlez comme une pasionaria. Vos origines transpirent.

 

— La nouvelle affaire Dreyfus ! Vous n’êtes qu’un apothicaire servant l’opium du peuple. Que je continue à discuter avec vous plutôt que de vous boycotter, que de vous limoger, quelle perte de temps ! Mais Paris vaut bien une messe…

 

— De la discussion jaillit la lumière. Le vin est tiré, il faut le boire. Allons, tâchons de nous entendre. Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès.

 

— Un procès ? Vous avez donc des fautes à vous reprocher ? Que le morveux se mouche. Je n’irai pas en procès. Le jeu n’en vaut pas la chandelle.

 

— Nécessité fait loi. Je pourrais obtenir mieux de vous si nous ne nous entendons pas.

 

— Le mieux est l’ennemi du bien.

 

— Allons, il faut bien que porte soit fermée ou ouverte. Vous êtes miséreux. Vous savez que faute de grives, on mange des merles. La faim chasse le loup hors du bois.

 

— L’appétit vient en mangeant. Vous êtes un loup pour l’homme.

 

— Les loups ne se mangent pas entre eux. Allons, je ne vous mens pas, bon sang ne peut mentir.

 

— A beau mentir qui vient de loin !

 

— Je vous fais un serment.

 

— Autant en emporte le vent !

 

— Si vous m’aviez écouté d’abord, à l’époque, nous n’en serions pas là.

 

— Avec des « si », on mettrait Paris en bouteille.

 

— Miséreux ! Vous resterez misérable ! Pauvre sot !

 

— Ah ! C’est maintenant l’hôpital qui se moque de la Charité… Pauvreté n’est pas vice.

 

— Charité bien ordonnée commence par soi-même.

 

— Chacun pour soi et Dieu pour tous, n’est-ce pas ? Qui donne aux pauvres prête à Dieu.

 

— Comparaison n’est pas raison. Ne me prenez pas pour un ingrat.

 

— Comme on fait son lit, on se couche.

 

— Allons, écoutez mon conseil. Faites ce que je vous dis et vous deviendrez riche.

 

— Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Contentement passe richesse.

 

— Mais puisque je vous dis ! Je suis moi-même devenu fortuné, vous devriez m’écouter. Abondance de biens ne nuit pas. Il vaut mieux tenir que courir. Je n’ai pour vous que de bonnes intentions.

 

— Les cordonniers sont les plus mal chaussés et l’enfer est pavé de bonnes intentions. Votre fortune est mal acquise, à l’œuvre on connaît l’artisan. Bien mal acquis ne profite jamais.

 

— L’argent n’a pas d’odeur.

 

— La caque sent toujours le hareng.

 

— Autres temps, autres mœurs. Je suis noble, maintenant, depuis que je suis marié.  Ma femme voulait que je sois droit, et ce que femme veut, Dieu le veut. Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. Faites-moi confiance, pour une fois.

 

— Chat échaudé craint l’eau froide.

 

— J’ai changé !

 

— Qui a bu boira. Je ne vous fais pas davantage confiance qu’à l’époque. Mauvaise herbe croît toujours. Prudence est mère de toute sûreté. Je vous dénoncerai.

 

— N’éveillez pas le chat qui dort.

 

— Je demanderai aux autres d’arbitrer.

 

— Il n’est pire eau que l’eau qui dort. Entre l’arbre et l’écorce, il ne faut pas mettre le doigt.

 

— Deux avis valent mieux qu’un.

 

— Entendons-nous ! Aux grands maux les grands remèdes. De deux maux, il faut choisir le moindre. Faisons nos comptes, les bons comptes font les bons amis.

 

— Erreur n’est pas compte. La fête passée, adieu le saint.

 

— Allons, il n’y a que le premier pas qui coûte.

 

— Vous êtes capable de tout. Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage.

 

— Qui s’y frotte s’y pique.

 

— Rira bien qui rira le dernier. Un homme averti en vaut deux. Qui sème le vent récolte la tempête.

 

— On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Morte la bête, mort le venin.

 

— Quiconque se sert de l’épée périra par l’épée.

 

— Vous n’arriverez jamais à rien contre moi. Personne n’a jamais rien pu contre moi.

 

— Rome ne s’est pas faite en un jour. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse.

 

[ensemble] — Cela suffit ! Allons dormir et nous reprendrons demain. La nuit porte conseil.

 

[ensemble] — Qui dort dîne !

 

[ensemble] — La fortune vient en dormant !

 

[ensemble] — La nuit, tous les chats sont gris !

 

[ensemble] — Les beaux esprits se rencontrent ! »

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