En dehors du bureau

Imaginons qu’un psychiatre écrive dans son évaluation d’un patient ayant de lourds antécédents judiciaires que celui-là a des idées mégalomaniaques ou paranoïdes. Imaginons que ces idées soient décrites très précisément par le patient et que le psychiatre ne se soit pas donné la peine d’enquêter sur la véracité de ces idées, que, en utilisant son jugement basé sur ses propres expériences, le psychiatre ait jugé une situation décrite comme étant impossible, délirante, farfelue, et qu’il ait retiré au patient son aptitude à juger lui-même. Imaginons que, en faisant une enquête factuelle, ces « idées délirantes » se révèlent étonnamment être des faits avérés, hors du commun dans la vie et dans l’imaginaire d’un psychiatre, certes, mais la réalité, celle d’un homme de la rue et de la prison, abusé toute sa vie, ayant développé une débrouillardise exceptionnelle, une lucidité transperçante et une capacité d’adaptation fascinante, une vie remplie d’ennemis et d’embûches, distanciée de plus de trente mille lieues. Ce serait là une triste paranoïa.

Impossible de commenter.