Le ballet de la mer Morte

La musique asiatique traversait les masses de sel dilué dans l’eau du bain et se mêlait aux vibrations de l’édifice qui ébranlaient par secousses les tympans. Dans l’obscurité, le corps flottait à la surface comme un cadavre, comme une bûche oubliée par un draveur, échouée dans un étang. La densité élevée de l’eau saline empêchait les côtes de se distendre à chaque inspiration. Seul le diaphragme se soulevait et s’abaissait, seul l’abdomen se gonflait pour faire entrer et sortir l’air par les narines, témoignant que le corps était encore en vie. Les jambes et les bras s’étaient écartés dans une position neutre, les phalanges s’étalaient comme des rayons, partiellement fléchies. La pulpe des doigts touchait celle d’une autre main, celle d’un autre corps étendu en sens inverse. Les deux corps dormants étaient en suspension, ils dérivaient lentement sur eux-mêmes en formant un cercle, unis doucement par le bout de leurs doigts en retrouvailles.

Le ballet de la mer Morte

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