C’est pour quand nous sommes perdus

Ses gestes sont lents, ralentis, autant que sa parole. Ses mains sont noircies, leur peau devenue épaisse, brisée par endroits. Une impression de bonté, de trop grande bonté, et de simplicité se dégage de Billy Nutara quand il m’offre de lui acheter l’Inukshuk qu’il a créé dans une pierre, aujourd’hui. Il me demande vingt dollars. Sous le pied droit de l’homme de pierre, il a signé son nom à l’aiguille, en inuktitut. Je lui demande ce que signifie l’Inukshuk.

C’est un symbole, c’est pour quand nous sommes perdus. C’est un repère. Quand nous voyons l’Inukshuk, c’est signe que nous allons retrouver notre chemin.

Cette réponse me submerge, jusque dans les culs-de-sac de mes yeux. Qui un jour s’est égaré comprendra l’importance du repère et la poésie dans cette réponse, dans ce symbole.

Je lui demande de m’écrire son nom et son adresse sur une feuille que je lui tends. Il me demande à son tour mon nom et me serre la main avant de s’en aller. Lorsque je rentre chez moi avec son Inukshuk, je réalise que je lui ai laissé par mégarde quarante dollars. Après réflexion, son explication valait bien vingt dollars de plus.

RepèreArtiste : Billy Nutara, Inukjuak (Québec)  J0M 1M0

 

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