Une dissection

Le désir d’exprimer en écriture ce qui se gonfle à l’intérieur des frontières, cette expansion continuelle, cette montgolfière d’idées qui inspire en son centre l’air chaud des rencontres, les fumées des échecs, les parfums des victoires, qui veut s’échapper par les fissures de l’écorce, par les minuscules trous creusés par les vers, qui cherche à se conduire jusqu’au dehors, pour enfin ne plus s’appartenir, pour passer à la dérive, Zeppelin libéré dans la voûte céleste des mains par chacun des nerfs comme les cordes d’un pantin. Le désir d’écrire comme Vésale disséquait un cadavre. Le désir de libérer cet hélium, ce gaz du soleil, aussi ambitieux que l’entreprise d’un chef de préparer un banquet solennel destiné à de précieux et rares convives, délicate affaire de gastronomie. Mais la passion immodérée pousse à vouloir faire goûter trop rapidement les invités et à commettre l’erreur de convier aussi les indésirables. Il est trop tard, les préparatifs sont gâchés, le banquet n’est plus qu’escaliers de sandwiches découpés en triangles. La montgolfière s’enflamme, crève et tombe dans l’océan. On a vidé un poisson.

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