Comme dans l’avion

Le soleil a déjà quitté l’horizon, le ciel n’est plus que de la couleur d’un rêve. Les teintes orangées marient le bleu qui s’évapore peu à peu en enfantant d’autres valeurs de pastel. Je n’entends aucun son. Devant moi, il y a le mur de la maison, celle de mon enfance. Les fondations en ciment laissent en montant la place aux briques rouges, couchées sur leur longueur et séparées par un bourrelet irrégulier de mortier gris durci. Rien ne bouge, sauf les muscles de ma cage thoracique responsables de ma respiration. En me retournant, j’aperçois une forêt. Mes yeux se fixent sur l’orée de cette forêt. Elle ressemble à une grande pupille noire. Il me semble alors que quelque chose approche de cette ouverture, par l’intérieur. La chose est loin. Elle cause un bruit de galop dont l’intensité croît à mesure que la chose s’approche. J’observe encore, pendant que mes membres commencent à se tendre de peur et que mon cœur s’accélère. Le bruit du galop est assourdi, comme un frappement sur une surface molle. Un animal surgit soudainement de l’orée du bois et fonce vers moi, haletant. Un loup, c’est un grand loup comme j’en ai vu dans les films de mon enfance. Il se propulse vers moi, comme en s’élançant pour me tuer d’une seule morsure au cou. Pris d’effroi, mon corps se précipite vers le mur. Une échelle y est maintenant apposée. Sans regarder où elle monte, j’empoigne les premiers barreaux et j’en commence l’escalade. Le temps s’étire alors, les secondes deviennent des heures, je grimpe sans cesse dans l’échelle, interminablement, le long du mur de briques rouges. J’entends encore le halètement du loup derrière moi. Je l’entends qui grimpe dans l’échelle à ma poursuite. Le loup grimpe. J’accélère la course, en panique. Des larmes tombent le long de mes joues. J’essaie de crier à l’aide, mais je suis devenu aphone. Je ne peux que courir, respirer et pleurer. J’entends le loup qui se rapproche. Il court plus vite que moi. Le mur ne s’arrête toujours pas. Tout à coup, un barreau d’échelle cède lorsque je l’agrippe. Je perds l’équilibre, mais je réussis à m’agripper au barreau inférieur et à reprendre ma course. J’entends le loup tout près de moi. Je peux sentir l’odeur de sa gueule béante et la chaleur de son souffle. J’accélère encore, dans une panique extrême. Je lève la tête pour voir la hauteur qu’il reste encore à franchir dans l’échelle. Il ne reste plus que quatre barreaux, les deux derniers sont cassés. En baissant à nouveau mes yeux, je réalise que le mur n’existe plus. L’échelle est maintenant dressée dans le vide, seule et sans support. Plus rien d’autre n’existe. Le loup n’est plus qu’à une infime portée de moi. Épuisé, je me résigne à abandonner. À me rendre aux crocs du loup ou à me jeter dans le vide. J’entends soudainement la voix de mon père. « Vincent, Vincent? » Le loup s’arrête. Il fait demi-tour dans l’échelle et s’enfuit dans la forêt qui est à nouveau visible. « Vincent? » Je descends à mon tour, tremblant, pleurant. « Papa! », dis-je, la parole retrouvée, devant les fondations de la maison. Dans ma poitrine, un soleil de confiance s’enflamme.

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