Tu naîtras

Tu naîtras, mon fils. Ta mère connaît déjà tes mouvements, ta vitalité, ta force, ta volonté de découvrir l’espace qui t’entoure et celui qui se trouve au-delà. Je verrai, le premier, émerger tes yeux au monde comme deux dauphins d’espoir à la surface d’un océan. Leur première vision, voilée, maladroite, indéfinie, possèdera toute l’innocence du monde. Ils verront sur mon visage l’euphorie d’un dieu créateur, mêlée à la prudence d’une divinité protectrice. Oui, ta création ne peut être que l’œuvre des dieux qui nous auront habités, ta mère et moi. Ils te guideront à ton tour ta vie durant. Ils feront ta joie et te protégeront des regrets. Tu perdras de vue et tu renieras ces dieux, mais un jour, ils reviendront à ton étonnement. N’oublie jamais qu’il y a plus grand que toi, respecte les autres, respecte l’inconnu et ne cherche pas à tout savoir. Cherche seulement à comprendre.

En ce moment, tu vis l’époque la plus douce et réconfortante, celle que tu n’oublieras jamais complètement, qu’une sorte de réminiscence te fera rechercher durant toute ton existence, surtout lorsque ton existence te sera devenue douloureuse, pesante et blessée, car elle le deviendra un jour. Mais ce jour est loin, je t’en reparlerai en temps voulu, je t’en reparlerai autrement. Et même s’il m’arrivait de ne plus être au monde lorsque ce jour te frappera comme la nuit masque le soleil, je t’en parlerai dans tes silences, je t’en parlerai dans les étoiles, dans le vent, dans les feuilles d’automne et dans les marées. Je t’en parlerai dans les mots que je t’aurai laissés comme des testaments. Nous serons des millions à t’en parler en lettres, en musique, en arts. Tu ne seras jamais seul, mon fils, pas même lorsque les feuilles des arbres seront tombées, que les racines seront mortes et que les édifices se seront écroulés. Tout renaît. Tu naîtras, tu renaîtras aussi.

Tu nages à présent, seul et tranquille, dans le chaud et confortable univers de ta mère. Si seulement tu pouvais voir comment elle te protège, comment elle t’aime déjà, comment elle fait chair avec toi qui bouges en son ventre et la surprends à tous les jours. Toute ta vie, une voix douce, une main dans tes cheveux, une chanson fredonnée ou la musique lointaine d’un accordéon t’apporteront ce même calme et ce bien-être rassurant. Ta mère t’enveloppera toujours.

Prends ton temps, mon fils, la vie est belle. Observe sa beauté, il s’en trouve même dans sa laideur. Rends-la belle à ton tour. Aime, aime sans cesse. Aime à jamais et malgré tout. Aime jusqu’à donner la vie.

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