La règle d’or

Il y a une sorte de mode en ce moment, une valorisation du radicalisme. L’idée véhiculée est que le radicalisme fait bouger les choses davantage que la nuance.

C’est faux. Le radicalisme polarise. Il ne mobilise que les convaincus, les sympathisants a priori de la cause. Il ne crée pas l’action, il crée la réaction opposée. Seule l’action, pourtant, permet de construire et d’entraîner avec elle la collaboration nécessaire au changement désiré dans les mentalités et dans la pratique. Les radicaux abîment toujours leur cause.

Par action, il ne faut pas entendre la récitation de slogans, la manifestation, la désobéissance civile, ni toutes ces choses qui font parler d’elles et que ceux qui se disent militants qualifient « d’actions ». Elles sont stériles et ne créent rien. L’action ne peut être que la mise en œuvre, la réalisation d’une idée. L’action, c’est d’aller vers l’autre, l’apprendre, accepter sa différence et s’engager avec lui, puis d’en montrer contagieusement l’exemple. Elle porte en soi l’inclusion, le compromis, l’amitié et la paix. La revendication n’est pas l’action, elle est l’attente d’une action d’autrui. Elle n’est pas volonté, elle est l’exigence de la volonté d’autrui.

Récemment, des radicaux qui manifestaient sur la place Émilie-Gamelin, le 22 novembre 2012, à Montréal, se sont attaqués à des journalistes en travail, allant jusqu’à les empêcher d’accomplir leur métier et jusqu’à les chasser de cette place publique. Il s’agit d’un cas de censure qui pourrait être rapporté à Reporters sans frontières.

Dans cette manifestation, où quelques uns portaient un masque, nous avons vu certaines personnes lever le majeur en direct aux téléspectateurs, à la caméra, lorsque le journaliste leur offrait une tribune pour s’exprimer, pour expliquer pourquoi ils occupaient ce lieu public. D’autres scandaient en chœur que ce média était « au service des riches et des fascistes », avant de lui crier « va-t-en, on t’aime pas ».

Fait notoire, le journaliste, malgré la pluie d’insultes, a rappelé qu’il s’agissait du comportement d’une minorité seulement de manifestants. Sous des accusations d’être à la solde de fascistes et de donner de la mauvaise information, celle qu’il a donnée montrait déjà plus de nuance et moins de généralisation outrancière que celle de ses accusateurs.

Par ces comportements, ces radicaux n’ont fait que transmettre des messages d’injures à près de 1 000 000 de Québécois, incluant peut-être leur mère, leur grand-mère et leurs meilleurs amis. À ces insultes s’ajoutait le sous-entendu que ce million d’humains n’ont pas l’intelligence pour faire la part de ce qu’ils regardent à la télévision, qu’ils ne sauraient pas distinguer, comme eux, la vérité, le bien et le mal.

S’en prendre aux journalistes et aux téléspectateurs est certes une manière d’exposer l’idéologie du groupe, mais montre que cette idéologie en est une d’exclusion, du bannissement, de l’ostracisme et du manque de nuance. Du radicalisme.

Ils font aux autres ce qu’ils leur reprochent.

L’élection du chef (court dialogue théâtral)

— Bonjour Monsieur, voterez-vous pour nous aux prochaines élections ?

— Des élections ? Que veut-on élire ?

— Un chef.

— Ah, désolé, je fais tout de mon propre chef. Je n’en ai pas besoin d’un autre.

— Mais il faut, Monsieur, un chef pour diriger la société !

— Prenez-moi, alors, j’en suis déjà un. Vous n’aurez pas à fournir l’effort d’en créer un autre par cette élection. La société fera une économie.

— Monsieur, c’est à la population de s’exprimer et de décider, nous sommes en démocratie !

— Vous ne voulez donc pas de chef.

— Que dites-vous là !

— Puisque c’est la majorité qui décide, comment peut-il y avoir un chef ?

— La majorité élit le chef pour quatre ans, pour la représenter. C’est le chef qui prendra les décisions durant ces quatre années.

— Et si le chef n’est pas d’accord avec la majorité et la majorité n’est pas d’accord avec le chef ?

— La population peut descendre dans les rues, manifester, désobéir, s’exprimer pour faire plier le chef, le faire revenir sur ses pas ou pour le faire tomber.

— Madame, j’ai compris. Vous n’avez pas utilisé le mot juste : c’est un pantin que vous élirez.

 

Écrit par l’original Dr Vincent Demers,
Montréal.
Le 25 août 2012.