l’océan rangé dans une armoire

Le bonheur n’est qu’une image à louer.
Nous sommes le négatif à revendre,
une chanson sans texte, une musique sans partition.
 
Partition.
 
Un regard de violon.
Piger une carte au casino bleu,
bracelet fatalis
jouer à l’amour au harem de la folie,
un tartare d’insouciance.
Les moments à partager, à partager, à partager
avec l’absence.
Les moments-pyramide.
Au crochet de l’amour-propre,
suspendu au bout d’une corde,
l’estime dans un sac.

Serment

On pourra dissoudre ce qui s’est écrit devant un notaire, on ne pourra jamais dissoudre ce qui s’est accompli devant une ville morte, le soleil et les montagnes.

Sans développement

Des élections approchent dans la petite province de Québec, un grand morceau de terre dont les quelques habitants qui la peuplent se concentrent dans une minuscule région. Une région qui se moque du reste du territoire, qui en a le monopole, qui lui dicte sa volonté.

Des propositions des partis politiques, la majorité sont déséquilibrées. Le centre est inexistant. Il n’y a qu’une gauche et une droite. Deux mains sans cervelle. La raison est moribonde, c’est la peur, la maladie, la dépendance et la pauvreté qui proposent tout, dans cette société sans projet, sans plan d’avenir, endettée comme un joueur de casino trop sûr de gagner sans efforts, une société déchirée en deux, polarisée, embourbée dans sa crise, une société qui regarde par terre, le dos courbé, les pieds qui traînent, qui se lève l’après-midi pour aller mendier des cigarettes et insulter les passants bien habillés qui semblent heureux. Une province dépressive. L’innovation, la création, le progrès, la modernisation, l’optimisation, le leadership, la valorisation du travail, le surpassement, la responsabilisation, le mérite, la distinction, tout cela appartient au passé, à celui de nos grands-parents. Eux savaient être fiers avec peu de moyens et tous les efforts.

La paresse comme vérité effective de l’homme, disait Malévitch. Nous y voilà. Un peuple sans foi en lui, qui se moque d’avancer, qui macère, dans une langue qui se barbarise, dans une culture qui s’évanouit.

Le Québec paraît n’être devenu qu’un esprit sans corps, une nation sans temple et sans palais.

De l’intégrité de l’esprit

Ce qui est malheureux dans le fait de demeurer indépendant, c’est l’isolement que cela entraîne. L’association donne un grand pouvoir, celui de la facilitation et de l’accession, mais cause une grande perte.

Sans s’y brûler

Un moment de bien-être envahissant, un moment qu’on sait qu’on ne vit qu’une fois dans une vie et que peu sur terre auront vécu, une prise de conscience soudaine que dans nos déserts isolés et nos distances les plus lointaines, sans plus aucune trace de vie et d’histoire, dans cet abandon, il y a encore de la beauté, il y a encore quelque chose à générer, une puissante latence. Le soleil est différent vu du pôle Nord. On a presque l’impression d’y toucher sans s’y brûler. Un sentiment comme un vertige icaresque.

– Écrit le 27 septembre 2011, au retour du coeur de l’Océan arctique.

L’élection du chef (court dialogue théâtral)

— Bonjour Monsieur, voterez-vous pour nous aux prochaines élections ?

— Des élections ? Que veut-on élire ?

— Un chef.

— Ah, désolé, je fais tout de mon propre chef. Je n’en ai pas besoin d’un autre.

— Mais il faut, Monsieur, un chef pour diriger la société !

— Prenez-moi, alors, j’en suis déjà un. Vous n’aurez pas à fournir l’effort d’en créer un autre par cette élection. La société fera une économie.

— Monsieur, c’est à la population de s’exprimer et de décider, nous sommes en démocratie !

— Vous ne voulez donc pas de chef.

— Que dites-vous là !

— Puisque c’est la majorité qui décide, comment peut-il y avoir un chef ?

— La majorité élit le chef pour quatre ans, pour la représenter. C’est le chef qui prendra les décisions durant ces quatre années.

— Et si le chef n’est pas d’accord avec la majorité et la majorité n’est pas d’accord avec le chef ?

— La population peut descendre dans les rues, manifester, désobéir, s’exprimer pour faire plier le chef, le faire revenir sur ses pas ou pour le faire tomber.

— Madame, j’ai compris. Vous n’avez pas utilisé le mot juste : c’est un pantin que vous élirez.

 

Écrit par l’original Dr Vincent Demers,
Montréal.
Le 25 août 2012.

L’âge de la raison

« Être raisonnable, c’est de la petite mort dans ta tête », dit la magicienne qui a changé sa robe en cote de mailles, qui a troqué sa baguette pour un gourdin, qui ronfle des mots au lieu de souffler des lettres.

Non. C’est y avoir un cimetière : une Vallée des reines.

D’airain

Tout ce que c’était que de vivre
en fusillade, des mots sans retenue.
Les emportements.

Hélas, aujourd’hui, je ne suis plus poreux.